Plan de L'Evadé, Boris Vian
Problématique : Comment un homme fuyant l'enfermement et qui est abattu rapidement peut-il avoir eu le temps de vivre?
I. La fuite du temps Omniprésence du mot temps ( 11 occurrences ) démontrant l'obsession de l'évadé, qui s'évade pour maîtriser sa vie, le temps.
Mais l'évadé ne veut pas plus de temps, il veut vivre plus intensément (intensité=liberté) car il vient de prison où le temps est immobile, interminable.
Dans le texte son temps est bref mais lui permet de vivre intensément comme le confirme l'association de deux champs lexicaux :
- celui des sensations ( vue la lumière l'accompagnait, odorat il respirait l'odeur des arbres, goût le temps de porter à sa bouche deus feuilles gorgées de soleil, toucher le temps de boire ).
- celui de la joie (lui faisait danser son ombre ; soleil ; il riait de joie ; le temps de rire aux assassins ; de courir vers la femme)
L'obsession du personnage se traduit par l'irruption du discours direct (accès à la conscience du personnage, point de vue interne) "Pourvu qu'ils me laissent le temps", ce vers répété 4 fois = peur du personnage ( registre dramatique associé au présent ) = accélération du temps. L'apparition du plus que parfait (temps composé = action terminée ) correspond à un récit rétrospectif, à sa mort ; cependant, malgré l'échec il a eu le temps de vivre car paradoxalement, malgré la mort il a vécu libre et heureux, passant non de la vie à la mort ( l'autre rive v.23 ), mais de la mort à la vie ( l'autre rive v.30 ).
II. Un hymne à la libertéRésolution du paradoxe du temps de vivre car l'évasion est une renaissance, un passage : du néant à la vie, de l'utérus au monde, de la tristesse à la joie. Retour à la vie car champ lexical de la nature et de ses sensations, retour aux nourritures terrestres (épicurisme). Joies simples comme celles de l'homme naturel, du sage épicurien libéré de toute contrainte superflue.
Expression de sa joie d'être enfin libéré, champs lexical de la joie + rire + amour = vie libre (idéal de bonheur).
Interprétation possible :
Ce poème est une métaphore (récit allégorique), une profession de foi, un art de vivre : l'homme doit se délivrer de la prison, des habitudes, des idéologies, des contraintes qu'on lui impose afin de vivre libre ; le poème-chanson de Vian rejoint ainsi le vieil adage de tous les opprimés, des assoiffés de liberté, affirmant qu'il vaut mieux mourir libre que vivre dans les chaînes