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Une nouvelle très célèbre, qui a assuré la notoriété de Maupassant dès sa parution, en 1880.

Une nouvelle de longueur assez considérable, située précisément dans le temps (la guerre de 1870).

Maupassant observe ici, de manière réaliste, le comportement d’un groupe de personnes assez disparate, regroupés dans un endroit clos pendant quelques jours.

Plan de cette étude

I) Des portraits en action

II) Les éléments réalistes

III) La structure de la nouvelle

 

I) Des portraits en action

1. L’art de peindre un groupe

L’armée française

Abondance de termes très imagés ; une vision par petites touches, comme d’après l’oeil d’un observateur qui verrait passer les troupes, à un rythme inégal.

Maupassant ne détaille pas chaque soldat : un homme peut représenter un groupe ; un détail d’habit un homme (exemple au début : le casque du dragon).

Les Prussiens

Quand ils partagent la vie quotidienne des Français, pas de portrait physique, mais des personnages en action : abondance de verbes d’action, mais assez peu d’adjectifs (exemple : les activités des Prussiens juste avant le départ de la voiture).

Les voyageurs dans la diligence

Évocation rapide mais saisissante d’attitudes qui laissent entrevoir les événements futurs. Exemple : évocation du groupe des bourgeois assez précise et bien différente de celle de Boule de Suif et de Cornudet : "les autres formes indécises et voilées".

2. La peinture des individus

Présentation classique

Les personnages sont présentés à un moment où ils sont figés de par leur situation dans l’anecdote : ils ne font rien puisqu’ils voyagent.

Portrait physique

Importance donnée à des détails évocateurs du caractère : exemple : madame Loiseau : "grande, forte, résolue" ; le physique souligne l’énergie de la femme. Autre exemple : madame Carré-Lamadon : "toute petite, toute mignonne", donc facile à effaroucher.

Portrait social

C’est le plus important pour la suite de l’histoire : de la position sociale des personnages dépendra leur attitude devant Boule de Suif. C’est souvent par cela que commence le portrait. Exemple : Loiseau : marchand de vin ; Cornudet : "le démoc" ; Carré-Lamadon : "homme considérable".

3. Les rapports entre les membres du groupe

Durant les deux voyages

Importance du regard, qui traduit les sentiments quand le corps doit rester immobile, par manque de place. (Nombreuses occurrences : "attiraient le regard", "regard provocant", "regards rapides et amicaux", "elle regardait exaspérée", "personne ne la regardait").

Le regard exprime la complicité ou la haine. L’absence de regard marque toujours l’indifférence, comme à la fin de la nouvelle, vis-à-vis de Boule de Suif.

Un élément capital

L’attitude de chacun devant le panier de victuailles est un élément central. Les caractères se décèlent de cette manière, par l’attitude et les mots prononcés. On voit ainsi le mépris des dames et le ton engageant de Loiseau, alors que sa femme résiste, lors du premier voyage.

À la fin de la nouvelle, les portraits et les attitudes s’inversent : indifférence générale et conversations en aparté, alors qu’au début tout convergeait progressivement vers le panier de Boule de Suif.

Jamais donc Maupassant ne se livre à des descriptions fastidieuses ou gratuites de ses personnages. Si le portrait de Boule de Suif est plus détaillé que les autres, c’est qu’elle est l’héroïne et que le physique revêt, chez elle, une importance particulière.

 

II) Les éléments réalistes

1. La précision géographique

La Normandie

Évocation vivante du climat, des vallons, des traits de caractère des Normands, surtout au début de la nouvelle.

Les trajets

Précision extrême des trajets des troupes : troupes françaises : Saint-Sever, Bourg-Achard, Pont-Audemer ; troupes prussiennes : Côte Sainte-Catherine, Boisguillaume, Darnétal, Rouen.

Évocation du trajet de la diligence : Rouen, Tôtes, Dieppe, Le Havre.

Ceci correspond à un souci d’exactitude et de réalisme de l’auteur qui connaît bien la région et souhaite donner des points de repère à son lecteur.

2. Le rôle de la neige

La précision réaliste

Maupassant joue presque au météorologue au début de la nouvelle. La neige symbolise l’hiver, tout d’abord, mais aussi elle rend plus pénibles les conditions de voyage : le trajet sera plus lent et le froid gênera les voyageurs immobiles. Au contraire, la neige deviendra une alliée de ces bons bourgeois à la fin de la nouvelle.

Au-delà du réel

Par sa présence ininterrompue, la neige devient un personnage à part entière, qui conditionne les réactions de tous les autres. Hostile aux hommes au début de la nouvelle, elle favorise leur fuite à la fin, comme si elle-même méprisait la pauvre Boule de Suif.

3. La précision historique

Une date précise : la défaite de 1870. La présence de l’ennemi vainqueur nous est montrée sous un jour concret, celui de la vie quotidienne.

Si nécessaire, rappel des circonstances de cette défaite...

 

III) Structure de la nouvelle

1. Les étapes du récit

Trois étapes :

  voyage jusqu’à Tôtes : une journée

  attente à l’auberge : trois journées

  départ pour Dieppe : quelques heures

Importance des termes exprimant le temps qui s’écoule et, pendant le voyage jusqu’à Tôtes, la distance parcourant.

Le temps ne semble pas toujours s’écouler de la même manière : exemple : après-midi mornes à l’auberge ; dernière journée "tranquille".

Dernière étape très courte dans le récit : Maupassant a montré ce qu’il voulait et les larmes de Boule de Suif une fois jaillies, le récit est clos.

2. Le dialogue moteur du déroulement de la nouvelle

C’est lui qui véhicule les ides des personnages et donc qui conditionne les relations entre les membres du groupe. Chuchotements, paroles et pensées à haute voix sont souvent évoquées.

Le dit et le non-dit sont également importants. Boule de Suif refuse ainsi de révéler la demande de l’officier, d’où un certain suspense pour ses compagnons jusqu’à ce qu’elle explose ; de la même manière, mutisme des compagnons de Boule de Suif en sa présence jusqu’à ce que l’exaspération monte : ils profitent de son absence, alors, pour élaborer leur stratagème. Enfin, indifférence finale : aucune parole blessante n’est alors prononcée, mais tout est allusif et implicite.

3. Rôle du narrateur

Pas d’intrusion du narrateur dans ses personnages. Il se contente de noter ce qui transparaît d’eux et d’en tirer matière à réflexion. L’analyse psychologique s’appuie sur des faits visibles et non sur les pensées secrètes qu’un tiers ne peut connaître.

C’est un parti pris de réalisme. Maupassant devient témoin oculaire, perspicace mais ni devin ni voyeur.

Importance des gestes, paroles et regards qui nous permettent de comprendre la personnalité des personnages.

 

Conclusion

Une nouvelle classique, dans sa forme comme dans sa teneur. Mais le souci du réalisme s’y révèle tout à fait. Une conception du rôle du romancier que l’on retrouve dans les autres oeuvres de Maupassant et dans ses écrits théoriques, comme la préface de Pierre et Jean :

"La psychologie doit être cachée dans le livre, comme elle est cachée en réalité sous les faits, dans l’existence... Le peintre qui fait notre portrait ne montre pas notre squelette."

 

Source : http://www.biblioweb.org/Boule-de-suif-l-incipit.html

 
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