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Le Barbier de Séville
Une comédie de
Beaumarchais

Séville. C’est le petit matin, presque encore la nuit. Un gentilhomme madrilène enveloppé dans un manteau brun, coiffé d’un chapeau noir rabattu, fait les cent pas sous la jalousie d’une belle nommée Rosine, la jeune femme que, déguisé en étudiant, il a entrepris de séduire.

Mais voici un importun que le gentilhomme, caché, écoute composer gaiement, sur sa guitare, des couplets et se féliciter de ses trouvailles. Il reconnaît dans ce joyeux improvisateur "ce coquin de Figaro", son ancien valet, et l'aborde. Avec volubilité, Figaro expose à son maître, le Comte Almaviva (qui se cache sous le nom de Lindor), les pittoresques étapes de son existence : garçon apothicaire, littérateur malchanceux... Après quelques considérations ironiques sur la prétendue supériorité des grands, il critique violemment "la république des lettres". Voyages, prison, louanges, blâmes, "l'auteur tombé" a tout supporté philosophiquement. Mais silence.

Voici qu'à sa fenêtre paraît Rosine, un papier à la main : des couplets, dit-elle, de la Précaution Inutile, drame alors à la mode. Bartholo, un vieillard qui ne cesse de maugréer, la surveille et la rejoint. Mais, ciel !, la chanson tombe dans la rue. Un signe de Rosine au Comte - pendant que le vieil homme descend - , et voilà le papier lestement ramassé ! Bartholo pense à une ruse de Rosine et ferme à clé la jalousie.

Le Comte lit fébrilement le papier ramassé : en fait c'est un billet où Rosine déplore son infortune et demande à son mystérieux soupirant de se faire connaître en chanson. Figaro comprend alors les desseins d'Almaviva et lui offre ses services. Le Comte, lui narre alors que las des plaisirs faciles madrilènes, il engendra la naissance de son amour pour cette beauté de sang noble rencontrée au Prado (promenade de Madrid) et enfin retrouvée après six mois de recherche. Il la croit mariée au vieux Bartholo, médecin de son état, mais Figaro le détrompe : elle n’est pas encore sa femme "seulement" sa pupille. Le Comte jure de l'arracher à ce vieillard toujours aux aguets, mais aisé à duper, selon Figaro. Figaro explique au comte qu’il est locataire (peu scrupuleux), barbier et apothicaire de Bartholo, a ses entrées dans la demeure. Ils échafaudent alors un plan. Première phase du combat : Figaro mettra à mal, par quelque médication, toute la maisonnée ; deuxième phase : le Comte, déguisé en cavalier, se présentera chez Bartholo avec un billet de logement et jouera le soudard ivre afin d'endormir tout soupçon. Le Comte répète son rôle sous l’œil critique du barbier. Mais voici que sort Bartholo

Il se désole de s'être laissé duper. Inquiet du retard d'un certain Bazile, - chargé d'arranger pour le lendemain son mariage avec Rosine - , il s'en va le quérir, tout en recommandant à la maisonnée de ne laisser entrer ni sortir personne.

Le Comte, caché, a tout entendu et se désespère. Figaro le rassure : Bazile, maître de chant véreux et cupide, n'a aucune envergure. Or, derrière sa jalousie, se profile Rosine ; Figaro, prêtant sa guitare à Almaviva, l'exhorte à chanter une romance ; le Comte, dans des couplets improvisés, déclare son amour et révèle, pour la déplorer, son identité (Lindor) et son humble condition d'étudiant. Rosine chante elle aussi son amour, mais elle doit brutalement interrompre leur duo. Figaro rappelle son plan, puis disparaît, tout excité, chez Bartholo.

Seule dans son appartement, Rosine écrit à Lindor, en se lamentant sur son sort. Mais à qui confier ce billet ? Au brave Figaro peut-être ? car elle l’a vu au travers de la jalousie parler longuement avec Lindor.

Justement le voici ! A qui parlait-il donc tout à l'heure ? Rosine brûle de l'apprendre, mais le barbier s'amuse à piquer sa curiosité, puis, lui présente Lindor comme un parent qu'il comble d'éloges. Lorsqu’elle apprend qu'elle est aimée, Rosine, ravie, confie sa lettre à Figaro. Mais, dieux ! voici le tuteur. Juste le temps pour le barbier de se cacher dans le cabinet du clavecin.

Rosine, seule, s'attendrit sur Figaro, mais à la vue de Bartholo, reprend vite sa broderie. La maisonnée mise à mal par les médications de Figaro : il donne un narcotique à l’Eveillé, un sternutatoire à la Jeunesse et saigne au pied Marceline ; la chanson lancée par la fenêtre, mais surtout Rosine, qui exaspérée par son tuteur, lui avoue avec colère avoir vu Figaro, tout cela augmente les soupçons de Bartholo qui fait preuve d’une grande perspicacité devant le comportement de Rosine et l’attitude équivoque de Figaro ; il veut fermer toutes les ouvertures. Rosine sort irritée.

Pendant que Bartholo appelle à cor et à cri ses deux valets, le premier, l’Eveillé, bâille à se décrocher la mâchoire, le second, la Jeunesse, vieillard infirme, éternue sans cesse. Bartholo leur reproche violemment de ne pas l'avoir prévenu de la visite de Figaro. Les deux valets geignent sur leur sort, mais le tyran leur refuse le droit de récriminer. Bartholo vocifère contre Figaro qu’il accuse de tous ces troubles.

Là-dessus, Bazile apporte une nouvelle bien plus fâcheuse : le Comte Almaviva, celui qui faisait chercher Rosine dans tout Madrid, vient d'arriver à Séville et sort tous les jours déguisé. Bartholo suggère de l'éliminer ; Bazile préfère à cette solution extrême l'efficacité satanique de la calomnie et offre ses services en échange de quelques pièces d'or. Il est entendu qu'il ne reviendra plus jusqu’au lendemain afin de préparer le mariage de Bartholo et Rosine. Bartholo reconduit Bazile et ferme la porte à clé.

Figaro, du cabinet, n'a rien perdu de la conversation des deux "conspirateurs" ; il sort en ironisant sur Bartholo et sur Bazile. Juste le temps pour lui de prévenir Rosine qui accourt de l'imminence du terrible mariage et de la rassurer avant de s'esquiver.

Bartholo, de retour, interroge Rosine sur sa conversation avec Figaro ; elle essaie de mentir : peine perdue. Le tuteur se livre alors à un dur interrogatoire pour lui faire avouer qu'elle a écrit une lettre. Ses trois preuves : le doigt de Rosine taché d'encre, une feuille manquante au bloc qu'il vérifie quotidiennement, la plume noire d'encre. Rosine multiplie maladroitement les mensonges : le doigt est taché d’encre pour apaiser une brûlure, elle a confectionné un cornet de bonbons avec la feuille de papier pour la fille de Figaro et elle a utilisé la plume pour dessiné une veste au tambour. Bartholo, incrédule, va fermer sa porte à double tour.

C'est alors que le Comte, déguisé en cavalier, fait une entrée bruyante, accompagnée d'impertinentes plaisanteries d'ivrogne. Il tâche en vain de glisser une lettre à Rosine que Bartholo s'empresse de renvoyer dans sa chambre.

Le tuteur s'inquiète de cette lettre, mais le Comte détourne la conversation : il provoque Bartholo par ses insolences sur la profession de médecin et de maréchal (vétérinaire pour chevaux). Le vieillard s'impatiente, quand Rosine accourt et tente de les calmer. Lindor lui glisse, à la barbe du vieux, son identité et quelques galanteries. Le Comte présente son billet de logement pour la nuit. Mais, fâcheux contretemps, Bartholo est dispensé de loger des militaires... Après un difficile manège qui n'échappe pas à Bartholo, Rosine parvient à se saisir de la lettre ; le Comte bat en retraite et sort.

Bartholo, pour récupérer ce billet, essaie d'abord la bonhomie. Rosine prétend que c'est une lettre de son cousin, feint de l'avoir égarée, met enfin Bartholo en colère pour gagner du temps. Le tuteur, prêt à user de la force, va fermer sa porte pour éviter la fugue dont le menace Rosine. Juste le temps pour elle de substituer au billet une lettre moins compromettante. Rosine, sauvée, s'amuse à jouer la comédie de l'évanouissement. Le tuteur tombe dans le piège, en profite pour lire en cachette le billet et découvre avec stupeur qu'il s'agit bien d'une lettre du cousin de Rosine. Celle-ci reçoit d'abord avec hauteur ses excuses, puis consent à la paix.

Mais Rosine, restée seule, se désole, car Lindor, dans son billet, lui recommandait la révolte contre Bartholo.

Docile aux conseils de Lindor, Rosine a (pendant l'entracte) déclaré la guerre à Bartholo : le tuteur ne sait plus à quel saint se vouer pour apaiser sa pupille rétive. Mais voilà qu'on heurte à la porte. C'est le Comte, déguisé cette fois en bachelier. Bartholo l'accueille sans amabilité, bien qu'il se présente comme Alonzo, élève de Bazile alité, dit-il ; les explications embarrassées du Comte accroissent encore les soupçons du tuteur. Décontenancé par tant d'agressivité, le Comte, pour rassurer et gagner la confiance du vieillard, lui remet le billet de Rosine. Il lui suggère même l'ignoble parti d’en tirer profit pour réduire Rosine à son mariage. Confiant, Bartholo propose à Alonzo, sous le prétexte d'une leçon de musique, une entrevue avec Rosine et va la chercher.

Le Comte, seul, avoue la crainte que lui a inspirée Bartholo, puis se félicite de son audacieuse remise de lettre.

Rosine paraît enfin, mais veut congédier sans douceur cet envoyé de Bazile qu'elle déteste. Soudain, elle reconnaît son amant et ne peut dissimuler sa surprise : pour justifier son émotion, elle prétexte un malaise.

Bartholo, avec une tendresse intempestive, veut dispenser Rosine de sa leçon ; elle s’énerve et insiste pour prendre. Il se laisse fléchir, mais veut y assister, malgré la pression de Rosine et au désespoir des jeunes gens ; ils réussissent à échanger des déclarations passionnées en chantant les couplets de la Précaution Inutile. Bartholo facilite leur duo en s'endormant comme un barbon ridicule. D'excellente humeur à son réveil, il donne une démonstration bouffonne de ses talents de chanteur et de danseur.

Danse burlesque que Figaro - tout juste arrivé - s'amuse à contrefaire dans le dos de Bartholo. Puis il s'efforce de distraire l'attention du vieillard en répondant par des insolences à ses accusations : la discussion s'envenime, Figaro bat en retraite, et pour essayer de ménager un tête-à-tête aux amoureux prétexte qu’il s’agit du jour du rasage. Bartholo, enfin, sort chercher un nécessaire à barbe. Mais, se ravisant, il confie ses clefs à Figaro pour l'écarter de Rosine. Tout bas, il fait part à Alonzo-Almaviva des soupçons que lui inspire Figaro. Mais celui-ci laisse tomber intentionnellement dans l'escalier la vaisselle. Alerté par le fracas, Bartholo sort.

Le Comte s'apprête à révéler à Rosine qu'il a, par stratégie, remis à Bartholo sa lettre, mais voici déjà le vieillard, furieux des dégâts, et Figaro ravi d'avoir subtilisé au trousseau la clef de la fenêtre.

Catastrophe ! Voici Bazile que personne n'attendait : chacun a intérêt à son silence et s'évertue à l'empêcher de parler ; ahuri par cette unanimité insolite, il renonce, par prudence, à éclaircir le mystère de cet Alonzo qui se prétend son élève. Une bourse que lui glisse à propos le Comte le neutralise définitivement. Tous maintenant, pour des motifs différents, lui conseillent en chœur d'aller se coucher. Ne le dit-on pas souffrant ? Il préfère s'esquiver.

Après quelques commentaires attristés sur l'état vraiment inquiétant de Bazile, la leçon reprend. Le Comte parvient à prévenir Rosine d'une prochaine visite nocturne, mais Bartholo trouve suspect le manège de son barbier qui s'efforce en le rasant de lui masquer les amants, dont il s'approche : ce qu'il surprend de leur conversation lui révèle la supercherie. Il tempête ; Rosine se retire avec éclat. Le Comte et Figaro sortent aussi non sans couvrir d'insolences Bartholo qui, seul, suffoque de colère et se répand en imprécations. Il ne compte désormais que sur Bazile pour tout lui expliquer.

Bazile et Bartholo s'interrogent : qui est Alonzo : le Comte ? son émissaire ? En tout cas, mieux vaut, selon Bazile, renoncer à ce mariage. Bartholo refuse : bien plus il compte, pour vaincre Figaro, en finir cette nuit même, en s'aidant de la lettre cédée par le Comte. Bartholo envoie Bazile chercher le notaire.

Minuit ! Rosine, tout émue, s'inquiète de ne pas voir Lindor : l'aurait-il trahie ? Bartholo la rejoint, lui montre sa lettre, qu'elle reconnaît, affolée, et lui présente Alonzo - pour elle, Lindor - comme l'entremetteur du Comte Almaviva. Convaincue par ces calomnies, elle se voit livrée à un vil libertin : de désespoir, elle préfère s'abandonner à Bartholo et l'avertit même de l'arrivée imminente de l'amant perfide. Sûr de son fait, Bartholo va prévenir la police, après avoir demandé à Rosine de s’enfermer.

Rosine, seule, pleure sur son amour perdu. Elle veut cependant affronter une dernière fois son séducteur, vers lequel, malgré elle, elle se sent encore attirée. La fenêtre s'ouvre : elle s'enfuit.

L’orage tonne : Almaviva et Figaro commentent leur entreprise. Le Comte, d'abord confiant, doute maintenant de son succès. Figaro écarte ses craintes avec ironie.

Rosine paraît, mais accueille froidement son amant, puis laisse éclater sa douleur et, pour le confondre, lui présente la lettre. Le Comte Almaviva révèle son identité et s’explique sur l’épisode de la lettre pour dissimuler le malentendu. Rosine, pâmée, tombe dans ses bras. De plus, on a retiré l'échelle appuyée à la fenêtre.

Arrivent alors le notaire et Bazile, pour conclure le mariage de Rosine et de Bartholo. Malgré sa stupéfaction, Bazile consent, contre une nouvelle bourse, à servir avec Figaro, de témoin de l'union du Comte et de Rosine. Le mariage est conclu et cela grâce à l’absence providentielle du tuteur.

Mais voilà Bartholo, avec un alcade - agent de police espagnol -, Il se démène, veut emprisonner tout le monde, annuler le mariage, retenir à toutes forces Rosine. Peine perdue : c'est même à lui qu'on va réclamer des comptes, mais Almaviva pardonne. Bartholo se désole de cet échec mais reçoit en compensation la fortune de sa pupille et signe le contrat de mariage. Figaro tire la leçon de cette épisode : la jeunesse et l’amour triomphent toujours de la vieillesse ; tout ce qu’il fait pour l’empêcher peut bien s’appeler à bon droit la précaution inutile.

 

 
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